January 9, 2011

Wikileaks n’est pas de l’OpenData!

Article publie le vendredi 31 décembre 2010, par la Fondapol (Fondation pour l'Innovation Politique), rubrique Politique 2.0, CC-by-nc-nd
On s’interroge depuis quelque temps sur la contribution de Wikileaks au processus d’ouverture des informations publiques qui a été popularisé sous le nom d’ « open data ». En effet, Wikileaks se donne pour mission d’aider toute personne à diffuser en ligne des documents acquis par tout moyen, y compris des moyens illégaux, pointant des actions réputées immorales imputables à des autorités administratives ou gouvernementales.
Le site Wikileaks se déclare explicitement « wistleblower » (dénonciateur) et suggère dans son titre le rôle positif qu’il entend jouer dans la transformation des gouvernements en gouvernance ouverte (open government). Sur le web, il est d’usage maintenant de faire l’amalgame entre les activités de Wikileaks et l’open data, sans doute au motif que ce site met une profusion de documents à la libre disposition du public.

De notre point de vue, il y a là une confusion qui pose problème et qui pourrait nuire aux efforts de ceux qui sont aujourd’hui engagés dans le mouvement open data proprement dit. La confusion avec Wikileaks risquerait d’entamer de la même manière la confiance que les institutions placent dans leurs collaborateurs et pourrait créer un climat de suspicion incompatible avec l’esprit de partage qui prévaut dans l’open data. Pour ses adversaires, notamment dans les appareils d’État, Wikileaks est une aubaine car il permet de discréditer le mouvement d’ouverture des données.

Pour éclairer le débat, il nous faut ici rappeler brièvement que faire de l’open data c’est publier des données publiques, non nominatives, n’entraînant pas d’atteinte à la sécurité collective ni à la vie privée. Il faut également souligner que des règles régissent les conditions d’utilisation des données d’information publique.

En France, une commission d’accès au documents administratifs, la CADA, a été créée pour aider les citoyens à faire valoir leurs droits à l’information. Par ailleurs, des ressources ont été élaborées par l’Agence du Patrimoine immatériel de l’État (APIE) pour accompagner les administrations dans le processus d’ouverture des données.

Bien différemment sur Wikileaks, les sources d’information sont « anonymées » et les informateurs peuvent ainsi contourner la légalité. Ceci explique en grande partie le succès de la plateforme. Nous sommes donc loin de l’univers transparent et régulé de l’open data.

Au-delà de la philosophie de la transparence, il y a dans l’open data une volonté de mettre en pratique des méthodes de travail collaboratives où les participants, qu’ils soient citoyens ou agents des administrations, peuvent se concerter pour orienter des projets et rechercher la plus grande efficacité pour le bien de la collectivité. Les résultats attendus s’apprécient d’abord en terme de bénéfice pour le citoyen et ensuite en terme de reconnaissance pour les agents publics impliqués.

Les données ouvertes sont le matériau de base que chacun peut retravailler pour produire ou structurer de la connaissance et surtout pour créer des services publics innovants. C’est ainsi que des programmes d’open governement ont été lancés un peu partout, aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Australie, au Canada… (cf ici même nos articles antérieurs). Des citoyens, ou le plus souvent des entreprises, ont utilisé des données publiques, les ont adaptées à des besoins spécifiques et les ont intégrées dans des applications innovantes devenues accessibles au plus grand nombre grâce aux terminaux mobiles connectés à l’internet.

L’objectif de Wikileaks n’est pas de produire des services pas plus que de stimuler la créativité du public mais d’obtenir des informations en garantissant l’anonymat du dénonciateur puis de divulguer les informations recueillies, principalement à des partenaires de presse.

Il a été dit récemment que Wikileaks était arrivé au bon moment pour « purifier » le journalisme... Laissons Wikileaks agir dans le monde qui est le sien, sans le mêler à celui de l’open data.

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